Il est toujours laborieux de revenir à la réalité biographique pour celui qui franchit les frontières du rêve grâce aux œuvres de Luc BERSAUTER.
On ne sera pas étonné d’apprendre qu’il est issu d’un milieu ouvrier, il suffit de l’écouter parler avec simplicité et modestie de l’art qu’il pratique pourtant avec passion pour le comprendre. Chez lui, pas de grands gestes, pas de déclamation, juste l’humilité du travail et la fièvre de la recherche.
On pourrait ajouter qu’il porte la quarantaine comme d’autres portent le chapeau, avec élégance et sagesse ; qu’il est alsacien, oui, mais c’est superflu, ses racines nordiques sont profondément ancrées dans ses sujets, dans sa rigueur artistique, dans sa fascination pour les maîtres rhénans (il suffit de lui parler de Bâle pour que ses yeux s’allument !)
Il ne plane pas, Luc, il peint, avec fureur.
Est-il nécessaire de remonter à l’enfant prodige découvrant le dessin et la couleur au détour d’un Noël assurément moins banal que les autres ?
Est-il urgent de lire qu’il s’ennuie dans les structures rigides d’écoles privées, qu’il est redoutablement doué et précoce, que, déjà, il comprend que la création sauve du désespoir ?
Non, on devrait pouvoir laisser ça aux nécrophages, BERSAUTER remue beaucoup trop pour une momie.
D’ailleurs, vous pourrez toujours revenir avec lui sur son passé, il se résume, comme beaucoup de contes, à une rencontre, magique, fortuite, déterminante.
Le décor s’y prête, une forêt, que l’on imagine sombre et nourrie de merveilles. Une forêt où il traîne ce jour-là une fois de plus, où il vagabonde, éternel fugitif qui secoue ses chaînes, une forêt sous une pluie battante, une forêt évidemment peuplée de lutins et de monstres…
Et puis, posé au détour d’un chemin raviné, là, un chevalet. Et un vieil homme, mince, concentré, oublieux des contraintes climatiques, de la médiocrité de la vie quotidienne, du monde prosaïque des humains. Robert Breitwieser.
C’est cette histoire que je préfère, elle donne un sens à toute une vie. Est-il besoin d’autres détails ?
Un deuxième homme pourtant a initié son parcours artistique : Jean Brenner, qui a su guider son œil et sa main, pour que Luc crache sa vie sur la toile, couleur bondissante et pinceau crapahutant.
Alors silence, assez d’anecdotes, ouvrez grand les fenêtres et oubliez mes platitudes…
Bienvenue dans l’univers dense et ravagé des œuvres de BERSAUTER, entre la ligne épurée d’un artiste non consensuel et l’exigence tourmentée d’un homme qui mord dans la peinture comme d’autres se vouent au diable ou au bon dieu. Sans mesure et de toute son âme.
Emmanuelle Vilain